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Je suis Guadeloupéen, mais je suis avant tout africain. Que se soit claire, je connais mes origines, je connais mes ancètres et je tiens à les honnorer.

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Voila une formidable raison d'espérer. Une lycéenne de martinique met les antilles en marche vers la libération mentale. Car nous les antillais, nous sommes encore sous le joug de l'exclavage mental.

Tout commence durant un cours d’histoire. Les élèves et leur professeur échangent avec ferveur, car le thème est passionnant : en effet, il s’agit de la mondialisation. Très vite s’élèvent pêle-mêle la découverte des Amériques, le commerce triangulaire et aussi naturellement la colonisation et la servitude. Le débat s’enflamme et glisse inexorablement sur la vision d’une Afrique qui a avorté d’infinies possibilités du fait de la déportation des millions d’Africains qui sont nos ancêtres.Chacun y va alors de sa théorie ! « Finalement, la colonisation, ce n’est pas si intolérable que ça puisque maintenant on est civilisé. » Ou encore : « Ah non ! Je ne suis pas un Africain moi ! Je ne vis pas en brousse ! » Tous s’enfoncent dans le gouffre de l’ignorance historique, expliquant le manque de rigueur scientifique de leurs propos. Et c’est au coeur de cette confusion générale que le temps s’est suspendu pour moi, car elle a dit : « Ah non, je ne suis pas noire ! T’as pas vu que ma peau est moins foncée que la tienne ? ! »

Mesdames et messieurs,

vous comprenez l’effroi qui me saisit devant une telle répulsion pour son être. Car il s’agit bien d’une jeune fille martiniquaise qui s’exprime ainsi. Se défend presque, comme agressée. Et pourquoi donc ? Parce qu’un de ses camarades, sans doute trop conscient de qui il est réellement, l’a qualifiée de « belle négresse ». Honte de ses origines. Honte d’être noire. Honte de descendre d’Africains. Complexe d’infériorité. Manipulation. Trouble identitaire. Aliénation de la réflexion. Assimilation à deux revers. Tel est pour moi l’écho des dires de cette adolescente. Tels sont pour moi les traumatismes dus au « silence des aïeux ». Le silence qui enfouit tout ! Qui ne guérit rien ! » D’abord celui de l’impossible parole des traumatisés ! Sauvagement déracinés, les déportés africains furent, dès leur arrivée en Martinique, dépossédés d’eux-mêmes ! Des familles entières furent disloquées. Plongées dans un monde créolisé, les réduisant à un mutisme forcé qui déstructura leur être. Plus de transmission de la mémoire et des traditions ! Plus de mots pour exprimer la douleur ! L’esclavage rompit tout contact culturel, bâillonnant l’esclave au moyen de ses propres cris réprimés.

Mais le silence a surtout été imposé par l’État colonial ! Stratégie politique cynique ou revirement humaniste ? J’estime qu’il est vain d’essayer de trancher car l’assimilation qui suivit l’abolition de l’esclavage, en 1848, est tout cela à la fois : une assimilation à deux revers. L’une des premières mesures de la Seconde République est d’abolir l’esclavage dans les colonies. Le décret d’application de la loi Schoelcher du 27 avril est prêt : dans un délai de deux mois, aucune colonie française ne portera plus d’esclaves. « Il n’y a plus parmi nous de libres, ni d’esclaves. La Martinique ne porte plus aujourd’hui que des citoyens », proclama Rostoland, le 23 mai 1848, alors futur gouverneur de la colonie. « Je recommande à chacun d’oublier le passé. » Entendez par là, mes chers, que les esclaves, en devenant citoyens français, n’avaient plus d’histoire spécifique. La République poursuit ainsi sa stratégie de l’oubli forcé ! Au nom de la réconciliation, les nègres marrons et les esclaves insurgés du 22 mai, à qui on doit la liberté effective et sans condition, sont amnistiés ! La France accorda ainsi son pardon aux esclaves pour l’insurrection du 22 mai au lieu de reconnaître l’esclavage comme un crime commis envers eux. Ce n’était pas la violence de la période esclavagiste mais la violence exprimée au moment de l’abolition qu’il fallut oublier pour rétablir la paix sociale. Le silence sur la période esclavagiste s’accompagna du silence sur l’héroïsme des esclaves ! Si bien que de l’abolition de 1848, on ne retint ainsi que l’idéologie shoelchériste, le mythe du sauveur blanc, de la France émancipatrice et miséricordieuse. La vérité fut honteusement passée sous silence, la réalité historique déformée et instrumentalisée par l’État. On notera surtout comme finalité de ce mutisme imposé, le maintien de la structure économique où les intérêts des anciens maîtres et de la France métropolitaine passent avant tout. Je cite : « La liberté n’est pas le droit de vagabonder, mais bien celui de travailler pour vous-mêmes (...). Mes amis, soyez dociles aux ordres de vos maîtres pour montrer que vous savez qu’il n’appartient pas à tout le monde de commander. » Il est évident que l’on passe d’un capitalisme esclavagiste à un capitalisme où le colonisé devient un travailleur, certes, mais rémunéré en fonction de son assiduité. Il est traité en fonction d’un passé esclavagiste qu’on lui demande par ailleurs d’oublier. On le prive, je cite, « du temps de la gestion mentale du bouleversement social lié en mai 1848. Il n’a ni le temps du deuil ni celui de la jouissance. Seul celui de continuer de travailler pour ces anciens maîtres lui est accordé. »

C’est alors plein d’espoir que l’on se tournerait vers l’école pour l’éradication d’une aliénation culturelle et historique. Mais il faudrait se contenter d’une simple répétition de l’histoire coloniale en marche, car l’école républicaine fut le haut lieu de l’exécution de l’âme martiniquaise ! Les bienfaits de la colonisation y furent enseignés aux écoliers comme on apprend le Notre-Père par coeur, sans même savoir l’écrire ! Alors que, et je me permets de citer Césaire, la colonisation fut synonyme de « cultures piétinées, de terres confisquées, d’extraordinaires possibilités supprimées », notamment avec l’instruction systématique en français, langue alors dite de prestige et de promotion sociale, qui relégua le créole au rang d’idiome vulgaire, reflet d’un passé honteux. Les petits Martiniquais ne reçurent donc aucun enseignement de l’histoire de la Martinique, noyés dans le Rhône et la Garonne et savamment ridiculisés, je l’avoue, par les casques de fer et les mèches blondes de leurs prétendus ancêtres les Gaulois. Sous la houlette des grands créoles, du clergé et des enseignants, le chaos identitaire issu d’une francisation exacerbée et aliénante fonctionna à merveille. Aujourd’hui encore, l’omniprésence de l’esclavage dans les esprits persiste. Cent cinquante-sept ans plus tard, le crime est toujours intact et les traumatismes engendrés par les mécanismes sévissent. Le Martiniquais continue de développer un complexe d’infériorité évident. Le père, réduit au rôle de géniteur du temps de l’esclavage, reproduit ce schéma dans la structure familiale actuelle, où il est déresponsabilisé, au profit de la femme dite « poto-mitan » de la société. Les critères esthétiques influencés par le modèle de type européen qui exalte la finesse des traits, la blancheur de la peau poussent encore le Martiniquais et le Guadeloupéen à vouloir « blanchir sa race », « chaper la peau », comme on dirait en créole. Le Martiniquais en vient à renier ses origines, parfois sa culture et même sa langue. Il a encore honte de sa peau. De lui-même. D’être noir. L’acquisition de connaissances quant à la période esclavagiste est donc cruciale pour que les langues se délient et que les traumatismes soient dépassés et vaincus. Or, les programmes d’histoire actuels n’y pourvoient pas ! La reconnaissance de l’histoire des Antilles, de la traite négrière et du système esclavagiste, comme matière à part entière, est donc absolument indispensable : pour un dépassement de la haine, pour une réelle conscience historique, et surtout, pour combattre les manoeuvres des institutions scolaires qui visent à redorer le blason des puissances coloniales et à anoblir l’esclavage. Notamment par la loi sur le discours positif sur le colonialisme. Et cela au mépris de la vérité scientifique et de la reconnaissance par l’État de l’esclavage comme crime contre l’humanité. Au nom de tous et en tant que lycéenne d’origines antillaise et africaine, engagée dans une construction cohérente de ma personne, je réclame la mise en place de dispositions nécessaires quant à un réel enseignement de notre histoire. Je réclame « le soleil de la conscience ». Je réclame le droit de savoir ! Aurélie Bayimbi, du Lycée Pernock-le-Lorrain (Martinique) Plaidoirie du 27 janvier 2006, ayant remporté le 1er prix du 9e Concours lycéen sur les Droits de l’Homme, du http://www.memorial-caen.fr, script disponible sur

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